Nous nous retrouvons dans une pièce, dans la ville d'aujourd'hui qui, en l'espèce, est Rome, un peu par hasard, à cause de retards qui finissent par devenir des avances, pour une imprévu et inespéré "congé temporaire" du boulot de parolétaires;
Nous nous retrouvons, nous les trois pelés et un tondu d'un jour quelconque à l'apparence plus que normale, comme il se passe souvent, avant que tout ce qu'il y a de mirobolant, de pas vraiment sérieux, de hurlé, de raisonné et tout le reste prévisible et à l'ordre du jour (pour ne pas dire de la soudaine irruption de sublimes, démentielles tâches d'allégresse, ce qui est picaresque, tragi-comique et mirobolant seulement si on se le raconte) ne fasse irruption accompagné de la routine de l'imprévu, comme d'hab';
Nous nous retrouvons, le 4 complices de la communauté réelle d'aujourd'hui-ci, forme actuelle de l'incarnation quotidienne de l'organisation la plus appropriée à la subversivité radicale qui ait jamais été élaborée à notre modeste avis, voire la théorie guattarienne de l'"Unissez-vous souvent et de façon éphémère; c'est-à-dire que nous nous retrouvons gaîment pro-tempore/ad hoc, ne fût-il que pour parler aujourd'hui d'idées universelles, ou demain ou bien hier pour arracher un ami à des griffes imprévues et inespérées…
S'unir "pour un moment comme un seul homme", sans autre prétention de qualité, et bien conscients de la contradictio de ne pas pouvoir s'annuler dans… non pas dans la "spontanéité", mais bien, et bien autrement, dans l'art le plus difficile, l'art d'auto-organiser l'autogénération de sa propre autonomisation, c'est-à-dire commune, forcément avec d'autres, dans l'autogenèse incessante d'autonomisation commune, une théorie s'opposant à la plus vertigineuse action de désorganisation de tout ça et consistant en se laisser convaincre à s'abadonner à l'aliénation de cette faculté en s'adressant au paradoxe vivant de n'importe quel prêtre, libérateur libertador, autonomisateur d'autrui, docteur du monde, bénéfacteur forçant et forcé, curé, bolcheviste, aussi désorganisateur de l'autonomisation, et de façon bien spéculaire, que le plus glacial utopiste de la propriété privée ultra-libéraliste de soi-même en régime d'absolue exclusivité… (…)
Aujourd'hui nous nous trouvons ici, dans une ville, comme par hasard; mais nous pourrions bien nous trouver ailleurs et le téléphone pourrait bien être portable, c'est-à-dire errant schlechthin; nous sommes, disons-le exprès, comme une micro-communauté de micro-parti(tion) communautonome-libértaire; nous sommes ici, Enrica, Franco, Aitor et Oreste, comme des représentants momentanés de l'aléatoire, fragile, puissante et à la fois poignante "societas" de complices; c'est donc que nous sommes ici et qu'oyons la voix de Lucia, étrangement argentine pour l'heure qui est, réclamant la priorité pour cause de bonnes nouvelles pour nous dire non pas qu'on a tué quelque part un compère Turiddu (comme il arrive souvent et puis faut bien y croire la surprise passée), mais bien que PAOLO A ÉTÉ TRANSFÉRÉ, y n'est pus à <Mammagialla>!
Nous avons le temps d'exulter, hélas un peu stupidement comme il advient toujours dans ces cas-là, juste en temps avant d'être attrapés par l'effet des ânes de Buridans… or, n'ayant plus qu'une paire de lignes et très peu d'unités à disposition, nous ne savons plus qui faut-il appeler le/la premier/ère et finissons par n'appeler personne et en nous faisant des crocs-en-jambe plus ou moins en sens figuré, comme dans les grands finals tragiques des pochades.
Bon, quelle heure est-il, déjà 5 heures, 17.00, et si nous voulons au moins donner un coup de fil à Piperno et aller se taper une glace avec la maman de Paolo, Maria, il nous va falloir écrire une lettre bureaucratique, et c'est vraiment dègue; une lettre circulaire, comme l'accolade de ceux et de celles qu'on avait pris aux épaules avec les bras entrelacés et une inscription sépia, AMNISTIE, que nous avions trouvée et plagiée en l'an 1982 du siècle passé, pour le numéro 01 de Synopsis; une amnistie qui, puis, a résulté être écrite comme ça, c'est-à-dire en basque.
Pour l'instant, nous faisons circuler un peu le truc que voici, en l'envoyant aussi à Riccardo, héros conclamé du sçavoir babélique, à qui nous avons demandé de le traduire en français.
Il nous faut dire en plus, peut-être pour l'absurde vice à nous faire un devoir de risquer l'hiver du mécontent pour ne pas déroguer à un élémentaire bon sens critique radical, que c'est presque une blague que d'être si heureux et heureuses pour un ami, un frère qui se trouve maintenant dans une cellule de Rebibbia, qui est quand-même un très sal' cachot…
Bon, je le dis en termes différents et puis je termine: même quand on sort à la fin de la peine, on ne peut pas parler effectivement de liberté, car la liberté c'est quand-même un paradoxe et un asymptote; il faudrait comme minimum une ou deux révolutions pour pouvoir en parler, tant pour commencer; mais on ne peut pas même parler de mise en liberté, de dég/c/agement, pas même de semi-liberté, ce qui voudrait bien dire mi-vivant, ou bien mi-mort; et encore, pas même de trois-jours-trois, d'un ti'bout, d'un simulacre de libre circulation dans une ville délimitée par une série d'obligations; cependant, faut bien dire qu'on ne peut faire à moins d'être heureux, car, du moins, Paolo a échappé aux griffes de certains types qui ajoutaient des chaînes de logiques systémiques aux effets de leurs vilains nez de Cléopâtre…
Tout ça la dit longue aussi sur certain(e)s hommes, femmes et temps, juges, jugesses et geôliers, ainsi que sur certains poulets et sur tout le cirque du côté de m. Giovagnoli.
Nous remercions et assurons de toute notre gratitude Maria, tout son monde, maître Francesco Romeo, nos camarades hommes et femmes, nos connaissances, tantes et tontons, pépères et mémères d'élection, les casseurs, les philosophes, même les journalistes et les parlamentaires, Graziella et Francesco; nous remercions nos avocats parisiens, monsieur Blogue, les gens de la rifugiaterìa et Lucio' l'irreductible, et les libértaires de la Passerelle, les chorales, les haqueurs, ceux de la cuisine e de la table aux livres, et Chiara Gigi et Claudio, et nos connaissances et déconnaissances, les Professeurs, les adversaires et, pourquoi pas, même certains ennemis pas si indécents; nous remercions tous ceux qui détestent la prison et suivent de tout leur cœur un Bella, merci à vous, avec nous autres d'aujourd'hui-ci, pour ce résultat, si infiniment minuscule soit-il.
Suit la lettre, grosses bises, bons baisers
Orest'& C. ( Complices des différents aujourd'huis et des différents icis et maintenants de ce dernier moment de destin errant…, avec un souhait de bonne chance pour tant d'hommes et femmes, et en particulier aujourd'hui pour Marie, pour Jeanie, Cesare, Roberto et qui d'autre). Bon, bien reçu & terminé, ciao.
à suivre....